À la recherche de l’esprit samouraï

Située au cœur de Honshu, la plus grande île de l’archipel du Japon, Kanazawa est une ville au charme tout à fait particulier, présentant des attraits riches et variés marqués du sceau de l’histoire, de la culture et des traditions populaires. Souvent, la structure urbaine de Kanazawa rappelle au visiteur que la ville fut jadis édifiée pour servir de centre administratif à un clan de samouraïs parmi les plus puissants du Japon. Mais à côté de cet héritage historique de premier ordre, la vigueur de son artisanat traditionnel ainsi qu’une culture gastronomique d’exception font de Kanazawa un des emblèmes du pays, reconnu pour l’excellence de son patrimoine culturel et artistique d’inspiration populaire.
Partir à la découverte de l’esprit originel qui continue d’animer au plus profond ce précieux héritage est assurément le meilleur moyen d’en apprécier les multiples attraits. Nous vous présentons ici ce qui fait l’essence-même du charme de Kanazawa, au delà des sentiers battus proposés par la plupart des guides généraux.

Q:1Quelle est l’identité de Kanazawa ?

A: Kanazawa reste une ville dont les racines remontent au temps des samouraïs

Avec la fin des guerres féodales, entre la seconde moitié du 16ème siècle et le début du 17ème siècle, le Japon a vu s’ériger sur l’ensemble de son territoire de nombreuses « jōkamachi » ; littéralement des « villes sous le château » servant de centres administratifs et militaires aux daimyos, les chefs de clans de samouraïs de l’époque. C’est là le contexte au cours duquel s’est développée et a prospéré la ville de Kanazawa, en contrebas des remparts du château occupé par la famille Maeda pendant près de 290 ans.
Dans l’ancien Japon, le système dit du «kokudaka» évaluait la richesse des territoires et la puissance des clans qui les occupaient selon l’échelle du « koku », soit l’équivalent de la ration de riz nécessaire pour nourrir une personne pendant toute une année. Que le domaine des Maeda ait été connu à cette époque comme « hyakumangoku », un fief au million de « koku », dit assez quelles étaient sa richesse et sa puissance.
Partout dans Kanazawa, du jardin du Kenroku-en à l’ancien quartier des geishas de Higashi-chaya, ce passé glorieux demeure largement inaltéré et même magnifié par le rythme des saisons. Le souffle des samouraïs semble imprégner la brise qui agite les fleurs de cerisiers au printemps pour aller se recueillir a l’ombre des grands arbres de l’été. Il fait cortège solennel à la chute des feuilles en automne mais, pugnace et insoumis aux vicissitudes du temps, il renaîtra pour percer en un éclat scintillant au soleil la quiétude des rues recouvertes par les neiges de l’hiver.
Au fond, l’ héritage culturel de Kanazawa est à l’ image du mode de vie auquel se sont astreints ces samouraïs qui lui ont donné ses lettres de noblesse. Parce qu’elle condense l’essentiel de l’héritage historique et culturel du Japon impérial, Kyoto a reçu de la marche des siècles le privilège de symboliser le raffinement de la culture japonaise. Mais à l’écart de ce monde élégant pétri de pavillons fleuris, d’intrigues de palais et de littérature courtisane, le charme de Kanazawa se dévoile sur un registre différent, empreint de rigueur, de force et de dignité.

Q:2Quels sont les domaines spécifiques de la culture samouraï de Kanazawa?

A: Ce sont la cérémonie du thé, le théâtre noh et l’artisanat traditionnel.

Si Kanazawa est aujourd’hui reconnue pour la finesse et l’originalité de sa production artisanale, c’est en grande partie en raison de l’investissement constant des seigneurs successifs de la lignée des Maeda pour y promouvoir l’art de la cérémonie du thé. Ce faisant, ils ont agi en véritables mécènes de la culture locale, encourageant les artisans de Kanazawa à produire des ustensiles toujours plus raffinés destinés à être utilisés au cours du service du thé.
Symbole extrèmement rare au Japon de cette proximité du seigneur avec les arts liés à la cérémonie du thé, un atelier situé au sein même du château de Kanazawa dans lequel de nombreux artisans s’attelaient à la tâche quotidienne de concevoir et produire les ustensiles les plus sophistiqués à l’intention de leur seigneur.
Emblématiques d’une production artisanale originale, foisonnante et mûrie au fil des générations, les créations faisant appel à des techniques aussi diverses que la laque, la céramique et la feuille d'or peuvent être admirées dans de nombreux musées, galeries et magasins spécialisés. En reconnaissance de l’exceptionalité de l’esprit et du savoir-faire ainsi transmis à travers les siècles, Kanazawa a été inscrite au Réseau des Villes Créatives de l'UNESCO dans le domaine de l'artisanat en 2001 et brille aujourd’hui au firmament de l’artisanat mondial.

Q:3En quoi Kanazawa est-elle une «jōkamachi » typique ?

A: C'est une ville planifiée et construite en tenant compte des caractéristiques de terrain.

La construction d’ensemble de Kanazawa s’est faite selon des principes communs aux « jōkamachi ». Centrée autour de son château, elle s’étend sur un espace naturel contrasté dont les reliefs ont été intégrés à sa mission defensive. Kanazawa s’articule ainsi autour de trois collines surmontées de vaste plateaux sculptés par deux rivières portant les noms de Saigawa et Asanogawa, qui aujourd’hui encore traversent Kanazawa de part en part sans se croiser.
Epargnée par les catastrophes naturelles et les bombardements aériens de la Seconde Guerre Mondiale, la structure urbaine de Kanazawa est restée largement inchangée. Consciente de l’importance de son patrimoine, la ville a adopté une vision inclusive en vue de sa sauvegarde. Ainsi, il ne s’agît pas de veiller uniquement à la bonne conservation de tel ou tel bâtiment historique. Ces bâtiments définissent plutôt une zone d’intérêt historique dont ils sont placés au centre, intégrant ainsi la périphérie à l’effort de préservation ou de rénovation, selon une approche qui, sur le long terme, doit bénéficier à la ville dans son ensemble.
Kanazawa est une ville d’atmosphère. Qu’il traverse les temples et sanctuaires qui la jalonnent, qu’il déambule dans le vaste parc du château et le jardin du Kenroku-en attenant, qu’il arpente les dédales de ruelles du quartier des samouraïs de Nagamachi ou celui des geishas à Higashichaya, le bruit de l’eau qui s’écoule dans les rivières et canaux traversant la ville accompagne la marche du visiteur. Comme un écho du temps qui passe, son clapotis invite à la rêverie. Qu’il sâche prêter l’oreille à son murmure et le visiteur y saisira l’atmosphère du lieu au temps où les samouraïs de Kanazawa suivaient les mêmes chemins le long des mêmes canaux.

Q:4Kanazawa est-elle une ville où le temps s’est arrêté ?

A: Non ! Kanazawa exhibe aussi le charme de la nouveauté.

Fière de son héritage historique et conjuguant au présent l’esprit de sa culture traditionnelle, Kanazawa est en même temps une ville résolument tournée vers l’avenir, dont la créativité s’est récemment illustrée avec d’importantes réalisations dans des domaines tels que l’architecture, la musique ou la mode. Ouvert en 2004, le Musée d’Art Comtemporain du 21ème Siècle qui expose des travaux d’artistes de toutes nationalités, accueille aujourd’hui plus de 2,5 millions de visiteurs par an et s’impose comme une étape obligée pour tout voyageur au Japon féru d’art moderne. Pareillement, le Musée consacré à Suzuki Daisetsu, un écrivain et théoricien du bouddhisme originaire de Kanazawa, connu pour avoir fait connaître la pensée zen en occident par ses ouvrages en langue anglaise, n’a depuis son ouverture en 2011 cessé d’attirer l’attention du public tant par l’originalité architecturale du lieu qu’en raison de l’intérêt des documents qui y sont exposés.
Par ailleurs, Kanazawa étant située à un carrefour important pour les principaux axes routiers, aériens et maritimes du pays, elle est de ce fait très facilement accessible depuis des villes et destinations touristiques telles que Tokyo, Osaka, Kyoto, Nagoya, Gokayama, Shirakawago et Takayama.

Q:5Est-ce qu’on y mange bien ?

A: Oui. La culture gastronomique est l'une des fiertés de Kanazawa.

Bordée par la mer, traversée de rivières et entourée de montagnes aux villages pittoresques, Kanazawa est bénie par un environnement naturel riche et varié. La forte abondance d’ingrédients de première qualité tout au long des saisons explique que depuis les temps les plus reculés, la région soit reconnue pour sa culture gastronomique. En particulier, la proximité des zones de pêche et la qualité exceptionnelle du poisson en provenance de la Mer du Japon vaut à Kanazawa une réputation durable dans tout le pays pour les produits de la mer, réputation qu’illustrent les nombreux restaurants de sushis dans toute la ville. Mais les aliments fermentés tels que la sauce soja, le miso et le saké sont également une caractéristique majeure de la culture gastronomique de Kanazawa. Là encore, bon nombre de boutiques spécialisées comme de brasseries de saké ou de sauce soja, certaines en activité depuis plusieurs générations, sont ouvertes au public pour témoigner de cette longue tradition.
Au même titre qu’un séjour dans un « ryokan » l’ auberge traditionnelle du Japon, faire l’expérience d’un repas dans un « ryōtei », constitue le meilleur moyen d’apprécier toute la qualité de la culture gastronomique de Kanazawa d’autant que l’expérience n’est pas limitée au seul plaisir du palais. Ces restaurants de luxe étant situés dans des maisons typiques aménagées avec goût, l’architecture, l’intérieur, le jardin, la vaisselle et le mobilier d’un ryōtei concourrent à faire de ce repas une expérience culturelle des plus raffinées dont la tradition remonte précisément au temps des samouraïs.
Toutes les informations nécessaires concernant la culture gastronomique de Kanazawa sont disponibles au centre d'information touristique de la gare de Kanazawa, une ville que nous ne pouvons que vous encourager à visiter en compagnie d’un guide interprète afin que celui-ci guide vos pas pour en saisir les multiples charmes et en découvrir les secrets les plus profonds.